Hypnotized

Le dernier clip du chanteur Yanis (plus connu sous le nom de Sliimy) prend son titre au pied de la lettre, puisqu’il met en scène sept hommes et femmes dansant sous hypnose. Les images nous montrent l’hypnotiseur mettre en condition les participants (parmi lesquels on reconnaîtra Charlotte Le Bon), avant de les laisser s’exprimer au gré de la musique.

Les sceptiques de l’hypnose ne manquent pas de mettre en doute dans la presse les conditions de réalisation de ce clip… Mais au-delà de cette question de l’authenticité des réactions des participants, qui finalement importe peu dans une perspective artistique et non clinique, c’est l’occasion sans doute de rappeler le lien historique profond de la pratique de l’hypnose avec la danse dite contemporaine. Le corps a ses raisons que la raison ignore, et ces dernières peuvent avoir un grand intérêt artistique : voilà la révélation reçue par les danseurs qui assistaient en masse aux séances d’hypnose dispensées à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. En particulier , le cas de Madeleine G, femme ordinaire qui sous hypnose se révélait une danseuse d’une grande sensibilité – mais qui était en fait une élève du grand pédagogue Jaques-Dalcroze -, a particulièrement marqué les esprits. Eugenia Casini Ropa résume le changement de regard sur la danse opéré au tournant du siècle grâce, entre autres, à la découverte de l’hypnose et de la psychanalyse :

Lorsque cette femme, ordinaire dans la vie quotidienne, était en état d’hypnose, elle manifestait, d’une façon bouleversante et avec une inexplicable qualité artistique, toutes les sensations que la musique ou la poésie provoquaient en elle. Ce fut, pour les artistes et les savants, une démonstration révélant un rapport intime et inconscient entre l’émotion et l’expression dont le caractère originaire, du fait même d’être inconscient, revendiquait une qualité esthétique : la vérité et la beauté cachées dans chaque être humain. [...] De telles expériences contribuent à l’établissement d’une nouvelle conception du corps qui croit à l’unité indivisible et à l’interaction fonctionnelle des principes physique et psychique de l’homme, et qui découvre dans le mouvement (en partie grâce aux recherches spécifiques de Delsarte) le moyen naturellement privilégié pour manifester les pulsions intérieures du psychisme. L’expression dans le mouvement est expression directe, immédiate, naturelle, « organique », manifestation d’une expérience vitale[1]

De là, pour les pionniers de la danse moderne, une nouvelle voie d’investigation possible : sortir les corps des carcans de la bonne éducation pour libérer, et explorer, l’expressivité du geste. Les expériences d’hypnose ont ainsi joué un rôle de catalyseur dans les transformations du paysage chorégraphique de l’époque – jusqu’aux déhanchements contemporains de Charlotte Le Bon et de ses acolytes.

A lire également: Céline Eidenbenz, « L’hypnose au Parthénon. Les photographies de Magdeleine G. par Fred Boissonnas », Études photographiquesn°28, novembre 2011.

 


[1]     Eugenia Casini Ropa, « Expression et expressionnisme dans la danse allemande », in Pina Bausch, Parlez-moi d’amour, un colloque, trad. D. Guillerme, Paris, L’Arche, 1995, p. 26-27.

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